Façade d'immeuble résidentiel moderne avec éclairage des parties communes visible en soirée
Publié le 8 février 2026

Quand Sophie m’a appelé, elle était épuisée. Présidente du conseil syndical depuis deux ans, elle venait de recevoir la régularisation des charges : 12 400 € d’électricité pour les parties communes. Son syndic lui avait répondu que c’était « normal vu le contexte ». Sauf que non. En creusant, j’ai découvert que sa copropriété n’avait jamais comparé les offres depuis 2019. Sept ans au tarif par défaut. Sept ans de surcoût évitable.

Information importante

Ce contenu est fourni à titre informatif et ne remplace pas l’analyse d’un courtier en énergie ou d’un conseiller spécialisé. Les tarifs et conditions évoluent régulièrement : vérifiez les offres actualisées avant toute décision.

Réduire vos charges électriques en 4 actions clés

  • Mettre en concurrence au moins 3 fournisseurs avant chaque renouvellement
  • Vérifier que votre version tarifaire TURPE correspond à votre profil de consommation
  • Préparer le dossier complet 2 mois avant l’AG pour un vote serein
  • Différencier les leviers selon la puissance de votre compteur (≤36 kVA ou >36 kVA)

Ce qui pèse vraiment sur votre facture d’électricité en copropriété

Avant de chercher à réduire, il faut comprendre ce que vous payez réellement. Votre facture d’électricité en copropriété se décompose en trois pôles distincts. Beaucoup de syndics focalisent uniquement sur le prix du kWh. C’est une erreur. Parfois, l’économie se cache ailleurs.

La synthèse ci-dessous présente chaque composante avec son poids approximatif et les marges de manœuvre réelles. Ces proportions varient selon votre puissance souscrite et votre profil de consommation, mais l’ordre de grandeur reste stable.

Les 3 composantes de votre facture et où agir
Composante Part moyenne Qui la fixe Votre marge d’action
Fourniture (énergie) 35-40% Fournisseur choisi Forte : mise en concurrence
TURPE (acheminement) 30-35% Enedis (régulé) Moyenne : choix version tarifaire
Taxes et contributions 25-30% État Nulle : imposées

Selon la délibération CRE du 14 janvier 2026, la contribution tarifaire d’acheminement (CTA) passe de 21,93% à 15% au 1er février 2026. Concrètement, cela représente environ 10 € d’économie annuelle sur l’abonnement. C’est toujours ça de pris, mais ne comptez pas sur cette baisse pour révolutionner vos charges.

Le compteur détermine votre éligibilité au tarif réglementé selon sa puissance



L’accise sur l’électricité (ex-CSPE) atteint 30,85 €/MWh depuis février 2026, comme l’indique la CRE. Cette taxe est incompressible. Inutile de négocier avec votre fournisseur : il ne peut rien y faire. Concentrez votre énergie sur les leviers réels.

Les 3 leviers pour réduire concrètement votre facture

Dans les copropriétés que j’accompagne en Rhône-Alpes, je constate que beaucoup restent au tarif par défaut sans jamais demander de devis concurrents. Ce réflexe coûte cher. L’inertie est votre pire ennemi. Voici les trois actions à fort impact.

Mettre en concurrence les fournisseurs : le levier n°1

C’est là que vous avez le plus de marge. La fourniture représente 35 à 40% de votre facture. Et c’est le seul poste vraiment négociable. Franchement, si vous n’avez fait qu’une chose après avoir lu cet article, c’est celle-là.

Le tarif réglementé n’est pas toujours le plus avantageux. Je recommande de demander systématiquement 3 devis minimum avant chaque renouvellement. Les offres de marché peuvent descendre 5 à 15% sous le tarif réglementé selon les périodes et les volumes. Pour approfondir cette démarche, consultez notre guide sur la comparaison des offres des fournisseurs d’électricité.

Point clé : Les copropriétés avec compteur ≤36 kVA restent éligibles au tarif réglementé. Celles avec une puissance supérieure doivent obligatoirement souscrire une offre de marché depuis 2016.

Choisir la bonne version tarifaire du TURPE

Le TURPE (Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Électricité) pèse environ un tiers de votre facture. Vous ne pouvez pas négocier son montant, mais vous pouvez choisir la version tarifaire adaptée à votre profil. C’est technique. Peu de syndics s’y intéressent. Et c’est dommage.

Selon l’analyse Selectra sur les versions TURPE, la version Longue Utilisation (LU) convient aux copropriétés occupées toute l’année avec une consommation stable. La version Courte Utilisation (CU) s’adresse plutôt aux résidences secondaires ou saisonnières. Le changement de version n’est possible qu’après 12 mois minimum sur la version actuelle.

Optimiser selon votre profil de consommation

Heures creuses ou base ? La question revient souvent. Pour les parties communes, la réponse dépend de vos équipements. Ascenseur, VMC, éclairage des couloirs : tout ça consomme principalement en journée. L’option heures creuses n’est pertinente que si vous pouvez programmer des consommations importantes la nuit. C’est rarement le cas en copropriété.

L’erreur la plus fréquente que je rencontre chez les syndics : souscrire une option heures creuses par réflexe, sans analyser le profil réel. Résultat, ils paient un abonnement plus cher pour des heures creuses qu’ils n’utilisent presque pas.

Quand ne pas changer de fournisseur

Le changement n’est pas toujours pertinent. Si votre contrat actuel date de moins de 2 ans avec un prix fixe avantageux, attendez l’échéance. Si votre consommation annuelle est inférieure à 5 000 kWh, les économies seront marginales (quelques dizaines d’euros). Si vous êtes en pleine renégociation de contrat syndic, évitez d’ajouter un dossier supplémentaire à l’AG.

Changer de fournisseur en copropriété : la procédure étape par étape

J’ai accompagné Mme Garnier l’année dernière. Syndic bénévole d’une résidence de 45 lots à Lyon 7ème, elle payait 8 500 € par an d’électricité pour les parties communes. Les copropriétaires râlaient à chaque régularisation. Mais personne n’avait jamais lancé de mise en concurrence. Son compteur de 36 kVA lui permettait encore d’accéder au tarif réglementé. Après comparaison, elle a économisé 1 100 € par an en passant sur une offre de marché avec une version TURPE LU adaptée.

Comme l’indique le guide du Médiateur de l’Énergie, le changement de fournisseur nécessite un vote en assemblée générale à la majorité de l’article 24 (loi du 10 juillet 1965). C’est la majorité des voix des copropriétaires présents ou représentés. Pas la plus difficile à obtenir.

Les 5 étapes pour changer de fournisseur en copropriété

  1. Lancer la consultation

    Demandez au moins 3 devis à des fournisseurs différents. Vous pouvez utiliser le comparateur officiel gratuit du opera-energie.com ou contacter directement les fournisseurs. Prévoyez 2-3 semaines pour recevoir toutes les propositions.

  2. Analyser les offres

    Comparez le prix du kWh, l’abonnement mensuel, la durée d’engagement et les conditions de révision tarifaire. Attention aux offres indexées qui peuvent flamber en cours de contrat.

  3. Inscrire la résolution à l’ordre du jour

    Le syndic doit envoyer la convocation 21 jours avant l’AG. Demandez l’inscription au moins 2 mois avant pour que les offres soient encore valides le jour du vote.

  4. Présenter et voter en AG

    Exposez les 2-3 meilleures offres avec un comparatif chiffré sur 12 mois. Le vote se fait à la majorité simple (article 24). Une délégation au conseil syndical est possible pour finaliser le contrat après le vote.

  5. Formaliser le changement

    Le nouveau fournisseur se charge de la résiliation auprès de l’ancien. Aucune coupure n’a lieu pendant la transition. Comptez environ 4 semaines entre la signature et la mise en service effective.

La préparation en amont du conseil syndical facilite le vote en assemblée générale



Sur le terrain, la réalité des délais est celle-ci : comptez 2 à 4 mois entre le lancement de la consultation et la mise en service effective. Le principal facteur de blocage reste la synchronisation avec l’AG. Si vous ratez la fenêtre, il faut attendre la prochaine.

Votre dossier est-il prêt pour l’AG ?



  • Dernière facture annuelle complète (12 mois glissants)


  • Numéro de Point de Livraison (PDL) du compteur


  • Puissance souscrite actuelle (en kVA)


  • Tableau comparatif des 3 offres retenues sur 12 mois


  • Projet de résolution rédigé pour l’ordre du jour

Cas particuliers : petite vs grande copropriété

Le seuil des 36 kVA change tout. En dessous, vous gardez l’accès au tarif réglementé de vente (TRV). Au-dessus, vous êtes obligatoirement en offre de marché depuis 2016. Cette distinction impacte directement votre stratégie.

Selon les explications CRE sur les TRVE, les syndicats de copropriétaires d’un immeuble unique à usage d’habitation restent éligibles au tarif réglementé si leur puissance ne dépasse pas 36 kVA. C’est le cas de la majorité des petites et moyennes copropriétés.

Quelle stratégie selon votre profil de copropriété

  • Compteur ≤36 kVA et consommation stable :
    Comparez le tarif réglementé aux offres de marché. Si l’écart est inférieur à 5%, restez au TRV pour sa simplicité. Sinon, négociez une offre fixe 24 mois.
  • Compteur ≤36 kVA et consommation variable :
    Privilégiez une offre indexée avec plafond. La flexibilité vous protège si votre consommation évolue. Vérifiez la version TURPE (CU peut être avantageuse).
  • Compteur >36 kVA (pas de TRV possible) :
    Vous êtes en marché libre obligatoire. Faites jouer la concurrence systématiquement. Passez par un courtier professionnel si les volumes dépassent 50 000 kWh/an.
  • Résidence secondaire ou saisonnière :
    Vérifiez la version TURPE Courte Utilisation (CU). Elle peut être plus adaptée qu’une LU si la consommation est concentrée sur quelques mois.

Mon avis tranché : pour les copropriétés de plus de 50 lots avec des consommations importantes, je recommande de passer par un courtier en énergie professionnel. Leur rémunération vient des fournisseurs, pas de vous. Et ils accèdent à des grilles tarifaires négociées inaccessibles en direct.

Vos questions sur l’électricité en copropriété

Le changement de fournisseur entraîne-t-il une coupure d’électricité ?

Non, jamais. La continuité de fourniture est garantie par Enedis qui gère le réseau. Le nouveau fournisseur prend le relais à la date convenue sans interruption. Vous ne remarquerez aucune différence technique.

Peut-on changer de fournisseur sans passer par l’AG ?

Non pour un nouveau contrat. Le vote en AG à la majorité de l’article 24 est obligatoire. En revanche, si l’AG a préalablement délégué ce pouvoir au conseil syndical (majorité article 25), celui-ci peut ensuite gérer les renouvellements.

Les offres des fournisseurs sont-elles vraiment comparables ?

Attention aux pièges. Comparez toujours sur la base du coût annuel total (abonnement + consommation estimée), pas uniquement le prix du kWh. Vérifiez aussi la durée d’engagement, les conditions de révision et les frais de résiliation anticipée.

Le recours à un courtier en énergie est-il payant ?

Généralement non pour la copropriété. Les courtiers sont rémunérés par les fournisseurs sous forme de commission. Vérifiez tout de même les conditions avant de signer un mandat : certains facturent des frais d’étude en cas de non-souscription.

Si vous cherchez à aller au-delà de l’optimisation contractuelle et envisagez une approche globale de la performance énergétique de votre immeuble, découvrez nos solutions d’électrification pour votre habitat.

La prochaine étape pour vous

Ce qu’il faut retenir avant d’agir



  • La fourniture est le seul poste vraiment négociable : concentrez vos efforts là-dessus


  • Demandez 3 devis minimum, même si vous restez finalement au tarif réglementé


  • Anticipez l’AG : 2 mois de délai entre la décision d’agir et le vote effectif

Regardez votre prochaine date d’assemblée générale. Si elle tombe dans moins de 3 mois, vous avez une fenêtre pour agir dès maintenant. Lancez la consultation cette semaine. Les tarifs évoluent. Les offres aussi. Et chaque mois de retard, c’est une économie qui vous échappe.

Précautions avant de changer de contrat

  • Les tarifs indiqués sont ceux en vigueur en février 2026 et peuvent évoluer
  • Chaque copropriété a un profil de consommation unique nécessitant une analyse personnalisée
  • Le changement de fournisseur requiert un vote en AG à la majorité simple (article 24)

En cas de doute, consultez un courtier en énergie professionnel ou le Médiateur de l’énergie.

Rédigé par Étienne Mercier, conseiller en énergie spécialisé dans l'accompagnement des copropriétés et syndics depuis 2018. Il a accompagné plusieurs dizaines de résidences dans l'optimisation de leurs contrats d'électricité et de gaz. Son expertise porte sur la comparaison des offres fournisseurs, l'analyse des versions tarifaires TURPE et la préparation des dossiers pour les assemblées générales. Il intervient régulièrement auprès de syndicats de copropriétaires et formations pour gestionnaires.